la civilisation de ma mre

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la civilisation de ma mre

  Mehdi alami 24, 2006 6:19 am

L'auteur

Driss Chraibi est n en 1926 El-Jadida,au Maroc, dans une famille aise dorigine fassie. Il frquente dabord lcole coranique, puis l' cole franaise et il obtient le baccalaurat au lyce Lyautey de Casablanca.
Le 21 septembre 1945, il sinstalle Paris pour tudier la chimie et obtient son diplme dingnieur en 1950. Il sintresse alors la neuropsychiatrie, exerce diffrents petits mtiers (photographe ambulant, veilleur de nuit, dbardeur, manoeuvre, assureur, professeur darabe).
Il parcourt l' Europe et finit par se tourner vers la littrature, estimant que la science engendre la perte de la spiritualit.
A lge de vingt-huit ans, Chrabi publie Le Pass simple. Ce premier ouvrage, d'une rare violence, projetait le roman maghrbin dexpression franaise vers des thmes majeurs : poids de lislam, condition fminine dans la socit arabe, identit culturelle, conflit des civilisations. Ce livre sera interdit au Maroc jusquen 1977.
Il a crit pendant trente ans pour la radio, notamment pour France-Culture. Depuis vingt ans, il voyage et fait des confrences dans le monde entier







L'histoire

Deux jeunes garons nous racontent l'histoire de leur vie et surtout celle de leur mre, d couvrant le monde extrieur, la modernit... Cest lhistoire dune femme douce et fragile, marie trs jeune et qui devient vite une mre. Elle ne se rend pas compte que le monde se dveloppe et change. aprs tre reste longtemps enferme dans la maison dun homme, ni mchant, ni despote, mais sombrant dans la tradition. La femme se libre petit petit des prjugs et de lignorance... Tout en restant simple et drle, elle sintresse au combat pour lindpendance, adhre aux mouvements de libration des femmes et milite en faveur du Tiers monde... le parcours de cette femme est tout un symbole.Premire partie "Etre". Etre, cest exister, survivre, la mre dcouvre les objets de la socit de consommation : la radio, le tlphone, le fer repasser, le cinma. Un jour, elle voit le gnral de Gaulle. Ces vnements dclenchent chez elle la prise de conscience de son ignorance, de son alination et la curiosit pour le monde extrieur.
Deuxime partie "Avoir". Avoir renvoie chez la mre son dsir de lutter, de prendre conscience, de dcouvrir et de possder le monde dans lequel elle vit, la mre enterre certains objets. Cet acte est symbolique de la mise mort de son pass de rclusion et de sa renaissance une vie nouvelle. Cette curiosit au monde se rpercute sur son fils Nagib, quelle dstabilise constamment avec ses questions incessantes. Chaque dimanche, elle organise des djeuners-dbats dans lesquels elle communique ses connaissances. Elle veut ainsi transmettre le dsir dmancipation la population. Elle se heurte aux hommes qui sont rticents car beaucoup refusent que leur pouse en sache plus queux. A la fin du roman, le pre prend conscience de lerreur conomique et culturelle que constitue lenfermement de la femme. La mre dcide de partir en Occident, et son fils, Nagib, la rejoint clandestinement sur le bateau afin de partir avec elle.












LE NARRATEUR

Deux narrateurs , ce sont les deux fils. Dans la premire partie c'est le fils le plus jeune qui part vers loccident la fin de la premire partie qui raconte, puis, dans la seconde partie, cest Nagib, le fils an, qui prend le relais. Ce choix narratif permet de rendre compte des liens trs forts existant entre les fils et la mre et de ressortir la tendresse, lamusement et ladmiration quils ressentent envers leur mre.

LE HEROS

La mre tait le modle parfait d'une femme marocaine soumise et analphabte qui mne un mode de vie traditionnel et compltement dpass par le progrs technologique. Mais un changement radical se produit durant la guerre et aprs l'indpendance, elle s'intresse au mouvement de libration des femmes, mme son mari ne la reconnat plus. C'est la fin de l'oeuvre qu'on dcouvre une nouvelle femme instruite et intelligente qui sait conduire, et qui s'habille l'europenne.

Mehdi alami



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: 10/12/2006

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suite

  Mehdi alami 24, 2006 6:19 am

L'INTERVIEW : Driss et nous : questionnaire tabli par abdellatif labi
Souffles pp. 5-10
numro 5, premier trimestre 1967













1.Driss Chraibi, vous avez quitt le Maroc en pleine guerre et priode coloniale. Quelles taient cemoment l, d'une manire gnrale,vos proccupations?Quelle tait votre attitude vis--vis des problmes socio-culturels et politiques de votre pays ?


Mes proccupations l'poque n'taient pas totalement conscientes. J'tais un adolescent qui ne connaissais que deux mondes restreints : celui de la maison (pas de frquentations, commandait le pre) - et le monde du lyce. Mais voici : j'ai toujours t anim par quatre passions : le besoin d'amour, la soif de la connaissance lucide et directe, la passion de la libert, pour moi-mme et pour les autres ; et enfin la participation la souffrance d'autrui.

J'tais un fils de bourgeois, j'tais l'un des rares privilgis qui pouvaient accder aux tudes secondaires.Vous vous rappelez cette poque ? Passons... Quand je rentrais du lyce, je voyais des gens assis, des gosses abandonns eux-mmes, des gens qui attendaient on ne sait quoi... Moi, j'tais comme un petit singe, habill l'europenne, avec plein de mots et de phrases dans la tte. C'est de cette poque que date ma rvolte. Elle a t souterraine pendant des annes. Je me disais "Qu'avons-nous fait, nous marocains et arabes, pour avoir donn prise la colonisation ? "Oui, je me disais : "Les ouvriers qu'employait mon pre sur ses terres, ils bouffent un bout de pain." Et j'entendais mes frres dire : "Y en a marre, toujours les tagines." La rvolte qui couvait en moi tait dirige contre tout : contre le Protectorat, contre l'injustice sociale, contre notre immobilisme politique, culturel, social.

Et puis, il y avait autre chose : ma mre. Rendez-vous compte : je lisais du Lamartine, du Hugo, du Musset. La femme, dans les livres, dans l'autre monde, celui des Europens, tait chante, admire, sublime. Je rentrais chez moi et j'avais sous les yeux et dans ma sensibilit une autre femme, ma mre, qui pleurait jour et nuit, tant mon pre lui faisait la vie dure. Je vous certifie que pendant 33 ans, elle n'est jamais sortie de chez elle. Je vous certifie qu'un enfant, moi, tait son seul confident, son seul soutien. Mais que pouvais-je donc pour elle ? Il y avait la loi, il y avait la tradition, il y avait la religion.

2- Il a fallu, depuis votre dpart, attendre plusieurs annes pour que vous publiiez votre premier roman: "La pass simple". Pourquoi ce cri de rvolte, qui semble tre un tmoignage et une dnonciation de visu, a-t-il t si longtemps contenu ?

;"Le pass simple" a t achev en 1953. Il m'a fallu dix ans pour arriver au bout de ma rvolte. Moi, je vais jusqu'au bout. Je n'accepte aucun compromis. Rappelez-vous la fin de ce livre : je partais en Europe la recherche d'ides neuves, de rvolution, de bombes... de quelque chose, n'importe quoi, qui puisse nous faire bouger. Dans les annes 30 et 40, qui bougeait au Maroc ? hein ? part quelques hommes conscients de l'ide de la Nation ? Les grands bourgeois ne faisaient rien. Le peuple se contentait de son sort. J'ai longtemps contenu ma rvolte, n'importe quel mdecin vous dira qu'il y a des individus qui ont des ractions lentes. J'en suis. Et puis, en 10 ans, j'avais amass une somme d'expriences et de vie.

3. On vous a attaqu au lendemain de l'indpendance, pour les dnonciations et les choix que vous aviez faits dans ce premier livre. La chronologie de vos ractions nous parat maintenant avec le recul tre quelque peu ambigu. On a notamment dit un certain moment que vous aviez dsavou votre roman. Quoi qu'il en soit, le problme du "Pass Simple" mriterait, je crois, d'tre dfinitivement et clairement lucid. Voici ce qui s'est pass pour les attaques. Un diteur mange, gagne de l'argent. Il a fait paratre mon roman en pleine crise marocaine. Du coup, c'est la presse de droite qui s'en est empare. La presse de droite franaise - et la presse de droite au Maroc, dirige par des Marocains. Dois-je vous citer quelques noms ? J'ai connu un mendiant qui du jour au lendemain faisait 1'aumne... Dois-je tre plus prcis dans mon allusion ? Oui, j'ai eu un moment de faiblesse, je l'avoue, quand j'ai reni "Le pass simple". Je ne pouvais pas supporter l'ide qu'on put prtendre que je faisais le jeu des colonialistes. J'aurais d tenir bon, avoir plus de courage. Mais je vous le demande : en 1967, est-ce que les problmes poss par ce livre n'existent pas encore ? Rappelez-vous ce paysan sngalais qui est all dire au Prsident Senghor "Dites, monsieur le Prsident, quand est-ce qu'elle se termine, l'indpendance ?"



Fin

Mehdi alami



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: 10/12/2006

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